PROGRAMS
COUPERIN-PESSON : SOUFFLE SACRÉ !
Leçons de ténèbres et antiennes
Anne Magouët, Chantal Santon Jeffery

Lors des premières lectures des Leçons de ténèbres à une et à deux voix pour le mercredi saint émerge l'idée de les accompagner de résonances mystérieuses. Faire appel au compositeur Gérard Pesson s'impose alors comme une évidence, afin d'insérer entre chacune d'entre-elle deux antiennes contemporaines pour voix et instruments, telles de brèves respirations, vivantes.

Les Ombres convient les voix suaves des soprano françaises Chantal Santon Jeffery et Anne Magouët, complices de toujours, à donner un sens nouveau aux mélismes aériens de Couperin et Pesson, d'hier à aujourd'hui.

NOTE D'INTENTION DU COMPOSITEUR
Lorsque Margaux Blanchard et Sylvain Sartre de l’ensemble Les Ombres m’ont proposé d’écrire des pièces qui seraient jouées entre les Leçons des ténèbres de François Couperin, ils ont ouvert pour moi les grilles d’un jardin familier. J’écoute et aime ces œuvres passionnément depuis des décennies et je peux dire qu’elles font partie des musiques qui m’ont véritablement façonné, constituant un « sol mental », pour citer ce concept de Marcel Proust.

La proposition était toutefois intimidante, par la proximité avec un tel chef-d’œuvre, mais aussi parce que je n’avais encore jamais écrit pour ces trois instruments, le traverso, la viole et l’orgue positif.

J’ai voulu ces musiques comme des méditations, sortes de courts chemins menant d’une ténèbre à l’autre. Le sous-titre antiennes dit cela, le mot venant du grec antiphonós ; littéralement : qui répond à, qui résonne avec. Manière de dire aussi que les musiques, comme je le crois, ne cessent de dialoguer entre elles par-delà les siècles.

La première pièce est un solo de viole, introspection douce et parfois tumultueuse comme est la nuit. L’orgue positif enrobe ou double la viole de son harmonie qui parfois pulse le temps, parfois fait se répandre des taches couleur d’encre. On peut considérer que la seconde pièce est écrite pour trois voix, l’une sans parole (le traverso) et les deux autres (voix de soprano) psalmodiant les lettres de l’alphabet hébraïque qu’on trouve tout au long des Leçons de Couperin. Ces trois voix mêlées, souvent dans un même registre, marquent parfois les mêmes inflexions dans le son, formant un battement qui serait comme le pouls de la musique. La si belle pièce de clavecin de Couperin, Les Ombres errantes, mélancolique et rêveuse, m’a fourni le titre de ces deux « moments ténébreux », reliant ces pièces d’aujourd’hui à une autre écrite il y a dix ans à la demande du pianiste Alexandre Tharaud, pièce qui consiste en une traversée nocturne, ouverte, étoilée de l’œuvre originale que j’ai « filtré » à ma façon, l’éclairant en lumière rasante. Le titre de cette pièce était dérivée par anagramme de celle de Couperin : Ambres nous resterons. De sorte qu’aujourd’hui ces trois pièces se répondent elles aussi et forment comme un autre « Tombeau de Couperin ».

Gérard Pesson (Juin 2018)

PROGRAMME
• François Couperin - Leçons de ténèbres
• François Couperin - Motets
• Gérard Pesson - Deux ombres errantes (antiennes)


EFFECTIF
2 singers, 5 instruments

DISTRIBUTION
Margaux Blanchard - Artistic direction and viola da gambe
Sylvain Sartre - Artistic direction and traverso

Solistes
Chantal Santon Jeffery - Soprano
Anne Magouët - Soprano

Instruments
Olivier Briand - Violin
Marc Meisel - Organ
Vincent Flückiger - Theorbo and guitar

PRODUCTION
Les Ombres avec le soutien de la Sacem

© d'après Mickael Kenna